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Entrevue

Une MRC ouverte sur le monde

Avec Mme Mahnaz Fozi, directrice de l'organisme Accueil et intégration B.S.L.

La MRC de Rimouski-Neigette est devenue, en décembre dernier, la première municipalité régionale de comté du Québec à adopter une politique d'accueil, d'intégration et de rétention des personnes immigrantes.

S'appuyant sur une large concertation de la population, cette politique est axée sur les principes d'ouverture, de communication et de contribution. Les 10 municipalités composant la MRC y trouveront un outil leur permettant de coordonner leurs efforts pour offrir accueil et support aux nouveaux arrivants immigrants.

Pour en savoir davantage sur l'élaboration et le contenu de cette politique, Québec MUNICIPAL a interviewé Mme Mahnaz Fozi, directrice de l'organisme Accueil et intégration B.S.L. (Bas-Saint-Laurent) qui a collaboré à la démarche.

Mme Fozi, comment expliquez-vous que la région de Rimouski soit la première à adopter une pareille politique?

L'immigration occupe une place significative dans la région. Qu'il suffise de rappeler l'épisode des immigrants irlandais, écossais et anglais voulant échapper à la famine au milieu du 19e siècle, puis cent ans plus tard, l'arrivée de Hongrois fuyant la répression communiste et l'épisode plus récente des « boat people » amenant des réfugiés vietnamiens. La présence de l'Université du Québec à Rimouski n'est pas étrangère à l'intérêt porté à l'immigration puisque plusieurs étudiants étrangers s'y inscrivent tous les ans. Les étudiants étrangers sont aussi attirés par la vocation maritime de la région qui accueille l'Institut maritime du Québec et le Centre de recherche en science de la mer de l'Institut Maurice-Lamontagne.

La région de Rimouski serait-elle plus sensible que d'autres en ce qui a trait à l'immigration?

Dès 1998, le Conseil régional de concertation et de développement du Bas-Saint-Laurent, aujourd'hui la Conférence régionale des élus, mettait sur pied une table de concertation et de régionalisation de l'immigration. Le mandat de cette Table était d'élaborer un plan d'action régional pour promouvoir l'immigration dans la région. L'organisme Accueil et intégration BSL ainsi que plusieurs autres partenaires ont été invités à l'élaboration de ce plan d'action. Celui-ci a été mis en application en 2002 et visait plus particulièrement à favoriser l'accueil, l'intégration et l'établissement de 300 nouveaux arrivants dans la région sur une période de trois ans.

La Ville de Rimouski n'avait-elle pas mis en place une politique d'accueil il y a quelques années?

La Ville avait réalisé en 2006 une consultation publique pour savoir quels dossiers la population souhaitait prioriser dans les prochaines années. Déjà, l'immigration figurait dans un des axes à développer. L'année suivante, la Ville a élaboré, non pas une politique, mais un guide d'accueil à l'intention, non seulement des immigrants, mais pour tous les nouveaux arrivants. Plusieurs municipalités de la MRC ont ensuite inscrit certaines activités pour l'accueil des nouveaux arrivants (comité, rencontre et accès à la propriété) dans leur politique familiale.

Alors, pourquoi le besoin d'écrire une politique au niveau de la MRC?

Chaque année, il arrive entre 40 et 50 immigrants et la plupart s'installent à Rimouski. L'idée d'avoir une politique pour toute la MRC c'est que toutes les autres municipalités puissent développer des moyens et des façons de mieux intégrer les personnes immigrantes. On voulait donner une vision commune à l'ensemble de la MRC.

Concrètement, quels avantages représente cette politique pour chacune des 10 municipalités de la MRC?

Grâce à cette nouvelle politique, toutes les municipalités de la MRC pourront utiliser plus efficacement leurs ressources, c'est-à-dire par exemple les organismes communautaires, les institutions et les employeurs, pour offrir des services plus adaptés aux besoins des personnes immigrantes. Les municipalités pourront également coordonner leurs efforts pour permettre un accueil et un support qui sauront plaire à tous ceux qui en bénéficieront.

Parlez-nous maintenant du contenu de cette politique. Quels étaient vos objectifs?

Au début, on ne croyait élaborer qu'une réflexion et non un plan d'action. L'objectif n'était pas d'énumérer une série d'actions à entreprendre mais plutôt de se pencher sur le sujet, de réfléchir sur le pourquoi et le comment des actions éventuelles. Il s'agissait pour nous de poser un geste qui provoquerait une réflexion auprès des différents milieux de la MRC pour que l'immigration soit considérée comme un levier de développement socioéconomique et démographique de la région.

On a retenu trois axes principaux : l'accueil, l'intégration et la rétention. Pour chacun des trois axes, on a proposé des pistes d'action. Notre politique se veut conviviale. Elle fait la promotion des valeurs qui nous sont chères comme l'égalité, la tolérance, la justice, la pluralité.

Quels sont les grands chapitres composant le document?

On y trouve une déclaration d'intention, une mission, des principes directeurs, des axes d'intervention et des défis qui devraient amener tous les intervenants à se concerter pour réaliser les objectifs favorisant l'accueil, l'intégration et la rétention des personnes immigrantes.

Qui a été le maître d'oeuvre de toute cette démarche?

Cette politique est le fruit du travail d'un comité composé de divers représentants d'organismes et municipalités de la région.

Quels organismes étaient représentés à ce comité de travail?

Il y avait un représentant du CLD, de la SADC, de la MRC évidemment, du Cégep de Rimouski, de la Ville de Rimouski et de l'organisme Accueil et intégration B.S.L.

Comment le comité de travail a-t-il opéré?

Issu de la Table de concertation en immigration de la MRC, le comité de travail s'est rencontré régulièrement de septembre 2007 à septembre 2008 pour dresser d'abord le portrait de la situation de l'immigration sur notre territoire. Par la suite, nous avons procédé à la rédaction d'un avant-projet de politique.

Quelle méthodologie avez-vous retenue pour élaborer le document?

Nous nous sommes d'abord concertés sur la définition des termes qui seraient utilisés puis nous avons dressé l'inventaire de la documentation existante sur le sujet. Ensuite, ce fut l'étape des focus groups : nous avons rencontré et questionné cinq groupes de personnes représentant les organismes communautaires, les personnes immigrantes, les employeurs, les membres de la Table de concertation en immigration et le Conseil des maires de la MRC. Dans une autre étape, nous avons fait parvenir un questionnaire à chacune des 10 municipalités de la MRC et on s'est aussi adressé aux maisons d'enseignement pour obtenir des informations précises. Une fois les informations colligées et analysées, on a rédigé un projet de politique qu'on a soumis à la consultation publique.

Quel accueil a été réservé à votre projet de politique?

Le document a été tiré à 500 exemplaires et envoyé à tous les milieux pour que les gens aient la chance d'en prendre connaissance. Le Conseil des maires de la MRC l'a rapidement adopté dans son ensemble, en octobre, et la population lui a réservé un accueil chaleureux. On souhaite maintenant que chaque milieu l'utilisera comme modèle, comme piste d'action.

Les gouvernements ont-ils participé d'une façon ou d'une autre à votre projet?

Non, les gouvernements n'ont joué aucun rôle dans cette démarche, ni apporté aucune aide. Ce qui était important pour nous, c'était d'obtenir l'adhésion de tous les maires et de toutes les personnes siégeant autour de la Table. L'ensemble de la population a adhéré dans l'enthousiasme. Il était important que cette politique devienne une politique de société.

L'épisode des désormais célèbres accommodements raisonnables a-t-il influencé de quelque façon votre réflexion?

Évidemment, ça nous a interpellé mais on a vite constaté qu'il s'agissait d'une affaire très médiatisée. On avait affaire à une véritable méconnaissance de la réalité.

Dans le contexte où les régions vont bientôt subir un important manque de main-d'oeuvre, croyez-vous que cela favorisera la rétention des immigrants?

Oui, l'emploi est une des clés de la réussite de l'intégration sociale et surtout économique. Ça va faire en sorte que les immigrants vont développer un sentiment d'appartenance et vont décider de rester. Celui-ci ne peut se développer tant qu'on ne se sent pas impliqué dans le bien-être de la société qui nous a accueilli et dans le développement économique de la région. Oui, l'immigration est une partie de la solution au manque de main-d'oeuvre.

Quelle place votre organisme occupe-t-il dans la région?

Accueil et Intégration B.S.L (Bas-Saint-Laurent) est un organisme sans but lucratif qui a pour mandat de faciliter l'accueil et l'intégration des personnes immigrantes dans la région. Il vise aussi à promouvoir l'immigration dans la région par la mise en valeur des avantages offerts par les collectivités aux personnes immigrantes.

 

À consulter :

Le texte de la Politique
http://aibsl.org/rubriques/documentation/politique-air-mrc-rimouski-neigette

Accueil et Intégration B.S.L.
http://aibsl.org/


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