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Entrevue

Avec Bernard Généreux, président de la FQM

Dès son arrivée à la présidence de la Fédération Québécoise des Municipalités, le 8 mars dernier, Bernard Généreux s'est engagé à travailler à la mise en oeuvre d'un nouveau pacte social pour les régions du Québec. Monsieur Généreux souhaite amener le gouvernement à reconnaître les régions comme d'importantes contributrices au développement du Québec. Il entend également mettre à l'avant plan plusieurs autres dossiers, dont ceux de la décentralisation et de l'aide aux collectivités forestières. Québec MUNICIPAL a discuté de toutes ces questions avec celui qui est également maire de Saint-Prime et préfet de la MRC Domaine-du-Roy.

Une entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL




Québec MUNICIPAL Vous avez oeuvré dans le domaine du travail social pendant 25 ans avant de prendre votre retraite, en 2005. Cette expérience influence-t-elle votre travail d'élu?

Bernard Généreux Cela a certainement eu une influence, surtout qu'un volet important de mon emploi concernait l'organisation communautaire. C'est d'abord ma profession qui m'a permis d'accéder à différents réseaux par l'intermédiaire de mon CLSC. Par la suite, j'ai participé à quelques comités en tant que citoyen et je suis devenu conseiller, puis maire de ma municipalité. Mes réseaux se sont étendus de ma municipalité, à la MRC, à la région et maintenant à l'ensemble du Québec.


QM Quelle est votre perception du rôle de l'élu?

BG C'est une fonction dont les gens et aussi les élus eux-mêmes sous-estiment trop souvent la capacité de faire bouger les choses. Parce qu'elles ont peur de déranger, des personnes s'abstiennent parfois de s'adresser à un élu. Quel dommage! Pour un élu, il n'y a rien de plus motivant que de voir quelqu'un venir demander un coup de main. Généralement, les élus sont davantage disponibles que ce qu'on peut penser, alors il ne faut pas que les citoyens se privent de cette occasion qu'ils ont d'influencer l'engagement des gens. Exercer son leadership de façon à favoriser le développement du potentiel de nos régions, je pense que c'est ça le rôle de l'élu.


QM Lors des élections qui se sont déroulées simultanément dans l'ensemble des municipalités du Québec, en novembre dernier, un grand nombre de maires et de conseillers ont été élus sans opposition. Croyez-vous que cela veut dire qu'il faudrait valoriser davantage le rôle de l'élu?

BG L'engagement politique a moins bonne cote ces dernières années. C'est peut être dû à certains scandales associés à d'autres paliers qui se répercutent sur le niveau local. La fonction d'élu doit faire l'objet d'un effort de valorisation. Il faut sortir de l'équation élu égale bénévolat. S'occuper des affaires d'une municipalité, cela fait appel à des compétences et à une certaine capacité d'entretenir des relations avec d'autres réseaux qui sont en dehors de la municipalité. Au premier chef, les conditions d'accueil des élus sont à revoir. Ce n'est pas vrai qu'on va faire du développement économique, social, communautaire et culturel avec des conditions d'accueil qui datent du début du siècle dernier. Il faut donner aux élus la capacité d'agir. Cela passe, entre autres, par une meilleure rémunération et aussi de meilleures conditions d'emploi. La compétence coûte quelque chose, mais l'incompétence coûte encore plus cher.


QM Et comment voyez-vous le rôle de la FQM?

BG Je vois la FQM comme un lieu d'animation, de débats, d'échanges et de réflexion, dans un contexte où l'enjeu des régions est devenu une préoccupation de société. L'une des grandes responsabilités de la FQM, c'est de faire en sorte que les régions soient reconnues comme des actrices importantes pour leur contribution au développement du Québec tout entier. Des régions fortes donnent un Québec fort. Si les régions sont en difficulté, c'est toute la société qui en paie le coût. La force du Québec, c'est sa capacité d'occuper son territoire. L'occupation dynamique du territoire passe par des municipalités en santé. La FQM est un acteur important de motivation, pour trouver des façons novatrices de créer du développement.


QM Dès votre élection à la présidence de la FQM, vous avez parlé de l'importance de conclure un nouveau pacte social avec les régions. Qu'avez-vous en tête?

BG Je veux parler de cette nécessaire reconnaissance de la contribution des régions au bien-être de la société québécoise. Il faut en finir avec cette perception, où plusieurs voient les régions comme un poids. Ma conviction, c'est que les régions sont une plus value pour l'ensemble du Québec. Il faut faire quelque chose pour leur redonner le statut de contributrices au développement du Québec. Chaque région a sa richesse et sa particularité. Le Québec est fort de sa diversité et ça, c'est beaucoup le fait des régions. Ce qui est encourageant, c'est que de plus en plus on sent qu'il y a une volonté de se réapproprier le territoire québécois et de retrouver ces originalités qui existent un peu partout. De plus, l'arrivée des nouvelles technologies facilite la réappropriation du territoire, entre autres, par les jeunes. La ruralité, ce n'est pas de la nostalgie. Dorénavant, nous pouvons être en même temps modernes et ruraux et faire du développement.


QM Avez-vous l'intention de remettre de l'avant le dossier de la décentralisation?

BG Certainement. Le premier ministre Jean Charest s'est beaucoup avancé à ce sujet. Lors d'une rencontre avec la FQM, il a déjà déclaré : « vous vous souviendrez de mon gouvernement pour avoir été celui qui a réalisé la décentralisation ». Il reste maintenant à M. Charest à livrer ce qu'il a promis. Tout est en place. Notre Fédération a exprimé sa volonté d'accueillir ces nouvelles responsabilités. Nous lui avons même facilité la tâche en proposant un projet de loi cadre sur la décentralisation. La capacité de réaliser ce projet est là, il ne manque plus que la volonté politique. La table Québec-municipalités, qui est la structure responsable de la décentralisation, ne s'est jusqu'à maintenant réunie qu'une seule fois, ce qui est très inquiétant.


QM Vous venez d'une région, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui est durement touchée par la crise que traverse actuellement l'industrie forestière. Croyez-vous que le gouvernement a suffisamment fait pour aider les collectivités forestières?

BG Ce que je peux dire, c'est que les régions concernées ont accompli un travail extraordinaire de réflexion pour en arriver à suggérer au gouvernement des mesures adaptées à leurs besoins spécifiques. Or, le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil, est arrivé, en octobre dernier, avec un programme mur à mur. De plus, ce qui a été donné à l'ensemble des régions, ce n'est rien par rapport au choc qui a secoué l'industrie forestière. Le rapport de la Commission Coulombe n'est pas le seul responsable dans ce dossier. À cela, il faut aussi ajouter les droits compensateurs exigés par les États-Unis, la hausse du dollar canadien et les impacts de la mondialisation. Il reste cependant que des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi dans les régions et que l'opération quasi chirurgicale qu'avait promise le gouvernement pour accompagner chaque milieu n'est jamais venue. Ce n'est pas avec quelques millions de dollars répartis sur l'ensemble du Québec qu'on va arriver à relancer des collectivités dont l'économie dépend souvent entièrement de la forêt.


QM Quelles sont les prochaines actions que vous prévoyez entreprendre?

BG La FQM possède une grande capacité de traduire cette grande mosaïque que forment les régions. Je compte m'appuyer sur cette force pour aborder certains dossiers que nous sommes seuls à mettre de l'avant. Je pense, entre autres, au projet de réforme du scrutin. Cette réforme suscite de vives inquiétudes dans les régions, car celles-ci risquent encore d'y perdre une bonne part de leur poids politique. Malgré cela, même l'opposition à Québec ne semble pas être en mesure de s'y attaquer.


QM Que reprochez-vous à la réforme du scrutin?

BG Il faut arrêter de penser que la démocratie est uniquement une règle mathématique et introduire des modèles de représentation qui prennent en compte d'autres réalités. Un arbre, ça ne vote pas. Les arbres qu'on retrouve sur la Côte-Nord et en Abitibi, il faut toutefois reconnaître que c'est ce qui fait vivre une bonne partie du Québec. Comment fait-on pour traduire cela au plan de la représentation? À mon avis, la réforme du scrutin passe à côté de cette question et c'est malheureux, car c'était l'un de ses principaux défis.



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